Tout le monde le sait : quand il neige à Londres, c'est l'apocalypse. Tout arrête. La ville s'avoue vaincue en moins de 2. Ce qui représente pour nous, Québécois, une petite neige de fin de soirée passant inaperçue, prend rapidement l'allure d'une cuisante défaite pour les Britanniques. La ville plie l'échine sous 2 pouces de neige et rend les armes. Le Royaume-Uni nous a jadis colonisé certes, mais personne ne peut nier notre supériorité quant à notre capacité à faire face aux caprices hivernaux. En ce domaine, nous sommes robustes, costauds et oh combien puissants! Hihi =) Bon ... tant de patriotisme seulement pour dire que, effectivement, j'ai été témoin de cette faiblesse du peuple royal cette fin de semaine alors que j'ai connu ma première "tempête" de neige en sol britannique. Personne n'a besoin de preuve que les gens qui vivent dans des climats modérés, tel que l'Angleterre et même chez nous à Vancouver, ne sont pas équipés pour gérer les accumulations de neige; les médias se régalent de bombarder nos écrans d'images les plus pathétiques lors de tels événements. Par contre, je vous propose de vous partager mon expérience personnelle... teintée par une vague de malchance qui s'abat sur moi depuis le début de la nouvelle année. Je tiens ici à préciser que la ville de Londres a quand même bien survécu en général à cet assaut de neige samedi soir et que, j'ai été très malchanceuse dans le déroulement de ma soirée.
Comme toute bonne histoire au Royaume-Uni, mon histoire commence dans un pub. Donc, j'étais dans ce pub avec des amis pour regarder le match de rugby Angleterre contre Écosse, lorsqu'une alerte météo m'a fait sourire à la télévision. Au Québec, Météo Média nous diffuse des alertes telles que : Avertissement de vents violents, Avertissement de pluie verglaçante, etc. Ici, le simple mot "Snow" était accompagné d'un symbole d'alerte ;-) Sauf que pour moi, Londres et Neige étaient 2 entités bien distinctes. Je devais le voir pour le croire. Et effectivement, il neigeait bel et bien dehors avec une fine couche de neige de quelques mm qui recouvrait le sol. J'ai donc décidé de gambler un peu et de prendre le risque d'aller souper avant de rentrer chez moi. Tout ne s'arrêterait quand même pas dans la prochaine heure... et puis j'étais en compagnie de Geneviève et Joëlle, 2 autres assistantes québécoises qui devaient prendre le train pour environ 1h vers le nord alors que je n'avais que quelques stations à parcourir en environ 20 minutes vers le sud. Bref, je n'étais pas la pire!!! Nous avons donc eu un excellent souper aux sushis avant de nous retrouver devant une neige un peu plus épaisse au sol (p-e 4-5 cm) à notre sortie du resto. C'était magnifique =) Joëlle s'est même fait lancer une boule de neige par un inconnu! Puis, un peu plus loin dans la rue, nous apercevons un pauvre homme sur un scooter portant le signe "L" pour learner qui tente désespérément d'avancer, mais qui n'obtient pour seul résultat que de tourner littéralement en rond sur lui-même et qui ne cesse de déraper. Le pauvre, il faisait pitié et était absolument incapable d'aucune manœuvre que ce soit. Je crois qu'il même qu'il nous a crié à l'aide... Je lui ai donc crié de peser tout doucement sur le gaz et de ne pas trop en donner. Et Geneviève de renchérir : "We are Canadian! We know how to deal with snow!" Et soudainement, par ce simple conseil qui n'est que logique pour nous Nord-Américains, le scooter a délicatement décollé et parcouru toute la rue en ligne droite... Qu'aurait-il fait sans nous?
J'ai donc quitté les filles dans le métro après que nous nous soyons informées que les trains fonctionnaient bien. Suite à une réponse affirmative de la part de l'employé plutôt nonchalant des transports, j'ai quitté les filles pour aller vers ma station. Sur place, il est environ 22h15 et je réalise que la place est anormalement achalandée. Sur le tableau, les trains affichés sont ceux de 21h en retard... ils ne sont toujours pas passés. Puis, au moment où je décide de trouver une solution alternative, on annonce le départ du train de la plateforme 2. Ce n'est pas mon train en théorie, mais ce dernier passe par une station qui est à environ 40 minutes à pied de chez moi. C'est donc ma meilleure option! Comme des centaines d'autres personnes autour de moi, je me mets à courir vers le train, puis je me fraie un passage jusqu'à l'intérieur du wagon. Debout, collée comme une sardine avec les autres passagers, je me dis que ce sera un long trajet, mais qu'au moins, je suis dans le train!!! Nous atteignons de peine et de misère la prochaine station, située à une distance d'environ 10 minutes à pieds. Puis, on nous indique de patienter en raison de problèmes techniques et qu'on ne sait pas combien de temps cela prendra. Je me dis que je leur donne 10 minutes max, sinon je quitte le train et je trouve une solution alternative. Soudainement, nous entendons un message: " Ladies and gentlemen, here is your driver speaking. Good news: we are now ready to depart. We don't know how far we will make it but we will try to make our way as far as London bridge." (Le chauffeur annonce qu'on peut repartir, qu'il ne sait pas où nous nous rendrons, mais qu'il essaiera d'atteindre la prochaine station, qui est, soit dit en passant, assez près aussi). Éclats de rire, probablement jaune, parmi les passagers. Le ridicule de la situation ne nous donne aucun choix: mieux vaut en rire qu'en pleurer. De toute façon, à cette étape, nous avions tous eu un regain d'espoir par la mise en marche du train et étions tous beaucoup trop optimistes.
Le train a donc décollé, de peine et de misère ... mais comme on dit: lentement, mais surement. À mi chemin entre les 2 stations, surprise: le train s'immobilise. Il tente désespérément d'avancer, mais sans succès. Puis, après un délai, regain d'espoir, le mastodonte se met à avancer péniblement sur ses rails. Quelques secondes suffisent pour que le train étouffe tel une voiture manuelle avec quelques soubresauts avant que nous nous mettions à reculer. Après plusieurs tentatives vouées à l'échec, notre conducteur nous demande notre patience puisqu'il nous est impossible d'avancer plus loin en raison de présence de glace sur les rails. Nous ne savons pas quand nous pourrons repartir. Je suis donc debout, dans l'allée du train, coincée entre des dizaines de personnes. Mes pieds sont détrempés, baignant complètement dans l'eau créée par la slush au sol ayant aisément passé la mince paroi de mes bottes anglaises absolument perméables!!! Au moins, j'ai mon livre avec moi!!! Et soudainement, panne d'électricité! Noir total. Et nous restons ainsi pendant 2h, avec notre chauffeur qui nous lance des messages remplis d'incertitude et de désolation une fois de temps en temps. Entre temps, un homme a traversé plusieurs wagon en peinant difficilement à travers la foule puis, à son retour, son ami hurle à travers le train : "So that was a good poo???" entraînant évidemment une vague d'hilarité parmi les passagers. À minuit, un passager de mon wagon a également célébrer sa fête! Son ami a hurlé qu'il avait du chocolat et en a poliment offert à qui en voulait, mais dans un rire sarcastique, on lui a gentiment répondu qu'il ferait mieux de les garder, il aurait besoin de provision pour la nuit dans le train! Cette vague de solidarité du type "rions de notre impuissance! Et de celle de nos services publics" m'a fait sourire à plusieurs reprise et permis de ne pas succomber à la montée de sacres bien québécois que je sentais monter en moi avec le temps, la fatigue et mes malheureuses bottes-piscine. Et pendant ce temps, Joëlle avait eu le temps de prendre son train, rouler 1h vers le Nord et arriver chez elle. Moi, j'étais encore à mon point de départ, avec aucune issue. Tout-à-coup, l'électricité est revenue et le train s'est lentement mis en marche. Cri de joie générale dans le train! 2 secondes plus tard, le train s'arrête brusquement, se met à reculer et on reperd l'électricité... soupir de déception général! C'est ainsi qu'en 2h, j'ai parcouru 1 station et demi, trajet dont j'aurais probablement mis 30 minutes à parcourir à pieds. Lorsque nous avons enfin atteint la station suivante, de peine et de misère, le trajet annoncé par mon train a dû être changé et, par le fait-même, j'ai dû quitter le train et trouver une autre solution pour gagner ma maison. Tout cela pour rien... mais de toute façon je ne voulais pas passer une minute de plus dans cet engin!
À mon grand soulagement, les autobus fonctionnaient encore, mais comme il était passé minuit, il n'y avait que des autobus de nuits, lesquels je n'ai encore jamais utilisés. La première bus qui s'est présentée portait le mot Lewisham dessus, ce qui est la ville que je voulais initialement rejoindre par train. J'ai donc sauté dans ce bus, puis attrapé un autre bus à partir de Lewisham et finalement marché jusqu'à chez moi. 2h15 am... je franchissais la porte! Quelle aventure! Somme toute, j'étais tout à fait heureuse d'enfin voir la neige. Par moment, ma soirée a été pénible, mais dans l'ensemble, ce fut une expérience culturelle... oui oui culturelle, mais aussi impressionnante et très cocasse. Malgré tout, je ne regrette pas ce mauvais gambling d'avoir embarquée dans le train dès le départ et d'avoir vécu cette odyssée! Mais une seule fois suffit, ne s'y méprenons pas!
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